Présenté par de nombreux articles comme une opportunité pour l’Afrique, associer des connexions sans-fil à des connexions satellitaires, permet indéniablement de délivrer immédiatement Internet dans des zones enclavées. Mais à plus long terme ? N’est-ce pas continuer à entretenir une dépendance financière vis-à-vis des pays du Nord au détriment de l’économie locale ?
Comme l’analyse pertinament Stéphane Bortzemeyer [1], le fait de renoncer à l’accès filaire, c’est renoncer à développer une infrastructure qui pourrait également servir à l’eau et à l’électricité, renoncer à l’accès Internet à tous, et renoncer à l’indépendance des pays en terme de communication.
Les VSAT ?
En Afrique, si l’on exclue l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud, Internet n’est délivré que par deux moyens : les antennes satellites et les câbles sous-marin. En 2002, le câble sous-marin SAT-3/WASC/SAFE [2]a été mis en service et relie le Portugal à la Malaisie en longeant l’Afrique par la côte atlantique [3]. Ce câble dessert le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Bénin, le Nigeria, le Cameroun, le Gabon et l’Afrique du Sud. Les villes côtières desservies par le câble sous-marin disposent d’une bande passante d’environ 50 Mbit/s. Le Sénégal dispose quant à lui de plus de 400 Mbit/s. Ce qui permet de disposer d’une réelle connectivité : une connexion ADSL à 256 Kbit/s coûte ainsi 35 euros par mois à Dakar, et 230 euros par mois à Cotonou.
En dehors des pays côtiers, la seule alternative actuellement consiste à utiliser une antenne satellite. Construire, lancer et exploiter un satellite est fort coûteux et reste exclusivement réservé aux non africains [4].
Le prix et le manque de clarté des offres d’accès Internet par satellite s’en ressent : compter de 350 à 3500 euros par mois par Mbit/s (en cumulant upload+download) ; c’est à dire 350 euros pour un accès partagé saturant aléatoirement en upload (et donc inutilisable à des fins de partage entre plusieurs structures) et dix fois plus cher pour une bande passante dédiée (et par là réellement partageable).
Le coût de la bande passante au niveau des utilisateurs s’en ressent. Dans des pays enclavés tels que le Niger ou le Burkina Faso, il faut compter 500 euros par mois pour une connexion permanente à 64 Kbit/s. A titre de comparaison une connexion ADSL de 5 Mbit/s en France coûte 15 euros par mois (pour 30 fois moins cher on a un débit 80 fois plus élevé). Pour se faire une idée du prix de la connectivité, se référer à l’observatoire de l’accès haut-débit en Afrique .
En outre, prenez deux personnes dans la même rue utilisant une VSAT : pour communiquer entre eux, chacun doit faire un aller-retour avec le satellite, situé à 36 000 kilomètres plus haut, plus un aller-retour avec le backbone internet via le fournisseur du service satellitaire : on fait 8 fois 36 000 kilomètres soit plus de 7 fois le tour de la terre. Internet permet certes de communiquer mondialement mais dans la pratique, on a plus d’amis et de centres d’intérêt près de chez soi qu’à l’autre bout de la terre, ce qui est flagrant au niveau des échanges de courriers électroniques [5] Cette problématique de communication entre deux rues est transposable entre deux villes et entre deux pays [6].
Et les connexions radios ?
La connectivité par onde hertzienne permet d’augmenter le nombre de bénéficiaire localement et ce à moindre frais [7] ; et permet - si on a le bon goût de le proposer - de mettre en place un réseau local haut débit entre bénéficiaires ne coûtant rien. Oui mais entre les différentes localités couvertes ? Passer par le satellite ? Comme le fait remarquer très justement Stéphane Bortzemeyer, il n’y a pas d’alternative à l’infrastructure sol pour délivrer l’eau et l’électricité ; infrastructure qui pourrait également être utilisée pour les télécommunications. Et ce au profit de tous et avec un coût lié aux nombres d’usagers ; alors que 15 spots vsat + wifi/wimax = 15 fois le cout d’1 spot vsat+wifi/wimax/autre (consommez pour augmenter la croissance diraient certains !)).
Des projets pour interconnecter par fibres optiques les pays d’Afrique de l’Ouest ont été lancé par la BOAD et l’UEMOA [8] et nous nous devons d’être vigilant pour que ces projets aboutissent.
L’argent de la connectivité VSAT et du transit local part en fumé !
Internet par satellite est coûteux et ne permet pas de capitaliser l’investissement en terme d’infrastructure. Dès lors qu’on ne paye plus à son fournisseur, on se retrouve dans le même état qu’auparavant : aucune infrastructure et pas de connectivité. A noter également que l’infrastructure utilisée par le câble sous-marin SAT-3 n’a pas été conçue pour permettre l’échange de données entre les points reliés : la bande passante est grandement améliorée mais la connectivité intra africaine reste la même : nulle. Selon des estimations [9], le trafic Internet local ou sous-régional coûte à l’Afrique un montant de 400 millions de dollars par an [10], montant que se récupère les multinationales des télécommunications au lieu de profiter à l’économie locale.
Et le bien commun dans tout ça ?
Pour les ONG, collectivités, la solution vsat/radio s’impose par le fait que se lancer dans des ouvrages d’infrastructure n’est guère possible à l’échelle individuelle ou de petites collectivités. Ceci d’autant plus que le résultat est là : un accès à Internet relayé à un groupe.
"C’est cette société humaine qui est défaillante dans la plupart des pays d’Afrique". Cette société humaine à un nom. N’est ce pas le rôle de l’état que de réaliser ce qui n’est pas possible à échelle des individus ? Le Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI), qui se tiendra prochainement en Novembre 2005, prône le concept que la solution pour bénéficier d’un accès haut débit abordable en Afrique est de mettre en concurrence les sociétés de télécommunications [11]. Pour bon nombre d’africains, le service public n’ayant toujours été qu’une parodie de service public, c’est la solution. La rentabilité immédiate du déploiement d’infrastructures locales n’étant guère envisageable (investissement lourd, clients à faible pouvoir d’achat), il ne faut pas songer à ce que des entreprises s’en charge de leur propre initiative.
Entre la transmission satellite et la transmission par ondes hertziennes, on passe d’un service point à point à un service point à groupe. L’apport des technologies radios pour la délivrance d’Internet est indéniable. Mais cet apport ne doit pas masquer la nécessité de développer l’infrastructure nécessaire à délivrer des services de base pour tous tels que l’eau, l’électricité et les télécommunications dont Internet.
[1] Le sans-fil, une chance pour l’Afrique ?
[2] L’acronyme SAT3-WASC-SAFE désigne trois brins du câble sous-marin : 3rd South Atlantic Telephone cable (SAT3), West Africa Submarine Cable (WASC) et South Africa - Far East (SAFE)
[3] Se référer à Modernisation du câble sous-marin SAT-3/WASC/SAFE en vu d’augmenter la bande passante Internet en Afrique pour des liens sur l’historique du câble SAT3.
[4] Certes il y a le projet Rascom dont on entend souvent parler depuis 1993 mais dont la concrétisation tarde)
[5] D’autant que les usages peuvent être différents des usages envisagés par leurs promoteurs : prédominance de la culture orale en Afrique (Ce qui sert le plus en Afrique, c’est la voix). D’une manière générale, les utilisateurs détournent les technologies selon leurs besoins : qui croyait - à son lancement - au succès des SMS en Afrique ?
[6] Faiblesse et coûts de la bande passante Internet en Afrique
[7] L’Internet met le turbo, Intel mise sur la technologie sans fil WiMax pour l’Afrique
[8] Voir à ce sujet la brève Lancement d’un chantier de pose de fibres optiques entre la Côte d’Ivoire, le Togo, le Mali, le Ghana, le Bénin et le Niger
[9] La connectivité Internet internationale - Les problèmes en jeu
[10] A titre de comparaison, le coût des travaux de pose du câble sous-marin EASSy (East African Submarine Cable System) - qui vont commencer en 2006 - sont estimés à un montant de 230 millions de dollars. Ce câble destiné à relier l’Afrique du Sud et l’Afrique du Nord va permettre de desservir le Botswana, Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, le Mozambique, le Rwanda, la Somalie, l’Afrique du Sud, le Soudan, la Tanzanie, l’Uganda, la Zambie, et le Zimbabwe.
[11] Se référer au site de CSDPTT pour des analyse à ce sujet.
Trè bon article. Merci de nous éclairer. Une question ? Pourqoui le Congo brazzaville n’a pas voulu (pu) profiter de cette aubaine. Se relier au câble sous marin par Pointe noire ? Est ce une volonté politique ou le manque de moyens ? quand on voit que libreville et Louanda ont réussi à la faire.On peut croire qu’il n’ya pas d’obstacle technique pour le congo ?
Merci
Bonjour,
Ces liens peuvent vous interesser.
http://tier.cs.berkeley.edu/wiki/Wireless
http://tier.cs.berkeley.edu/wiki/Wireless :InstallationGuide
Il s’agit de Wifi Long Distance Network (50 à 100 km)
vincent.loumouamou@zhema.com
Merci pour cet article sur l’importance du VSAT et du Sans-fil en Afrique, mais je voudrais savoir si vous avez une documentation plus recente concernant le theme (VSAT et Sans-fil) qui date de 2007. Pour ma part introduire la technologie VSAT ou la technologie Sans-fil en Afrique ou les deux technologies en Afriques est très important pour nous africains . Parce que cela nous permettra à terme de briser les frontières entre le Nord et le Sud.
Est-ce qu’il y a un forum d’échanges d’idées auquel je souhaiterais participer pour le veil technologique. Merci de me répondre . mon mail :gomermanlan@gmail.com
Bonjour, Merci a tous, je viens de lire ces messages. Je m’appelle Eric Poncelet et je veux introduire le VSAT au Burundi, j’ai pris connaissance d’une societe installe au Congo Kin "Global Broadband Solution", personne ne connait cette societe ? Personne ne sait si il n’y a personne deja au Burundi que j’ignore ? Connaissez vous un ISP que vous pourriez me conseiller ?
Merci, si possible me repondre aussi par eric.poncelet@yahoo.fr