Annoncé comme le « sommet des solutions », le Sommet Mondial sur la Société de l’Information (qui a réuni plus de 18 000 participants de 170 pays) n’a accouché que de peu de résultats concrets et s’est conclu par une suite de déclarations de bonnes intentions. Pour réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud, L’ONU s’est engagée à connecter tous les villages à l’Internet d’ici à 2015. Les deux événements phares du sommet étaient le traitement de l’épineuse question de la gouvernance de l’Internet et la présentation tant annoncé de l’ordinateur des pauvres à 100 dollars. Le sommet a été introduit par de vives polémiques sur les atteintes à la liberté d’expression en Tunisie, de graves incidents et bévues ayant été constatés avant et pendant le sommet.
Concernant la question de la gouvernance de l’Internet qui divise les Etats-Unis avec le reste du monde, aucun accord n’est intervenu pour déléguer ce rôle à un organisme international. Il faut dire que derrière la position américaine, les leaders tels que Microsoft, Cisco, Oracle, Google, Intel, tous américains, ont fait pression pour que la gouvernance de l’Internet soit conservée. Etant donné le fiasco qui a précédé le lancement du SMSI avec des atteintes flagrantes à la liberté d’expression, le SMSI - pour ne pas être discrédité - s’est retrouvé face à cette épineuse question, à une obligation de résultat. Un accord a donc été trouvé : organiser chaque année un forum traitant de questions tels que le spam, la cyberciminalité et la gouvernance de l’Internet ; bref tout reste à faire.
Le prototype d’ordinateur portable à 100$ présenté par Nicolas Negroponte du MIT a été salué unanimement comme une solution concrète pour réduire la fracture numérique. Dans son enthousiasme, Nicolas Negroponte a déclaré que ce merveilleux gadget technologique « sera la lumière des maisons et des esprits dans les zones les moins éclairées ». Si l’intention est louable, on peut s’interroger sur le réel intérêt de distribuer des ordinateurs dans des villages en brousse sans électricité. Quel intérêt d’utiliser un ordinateur sans avoir accès à l’information délivrée par la toile ? Plus que la machine en elle-même, de nos jours c’est le débit Internet qui est important pour bénéficier des avantages de la société de l’information. Guère de propositions ont été mis en avant pour développer l’infrastructure Internet en Afrique et interconnecter les pays, dans le but de permettre un accès Internet à des prix décents et des débits adaptés.
Le Sommet Citoyen pour une Société de l’Information, qui devait se tenir en parallèle au SMSI, n’a pu avoir lieu du fait des pressions exercées. Comble de l’ironie pour un sommet de l’information, le site du sommet citoyen a même été maladroitement censuré par les autorités tunisiennes. Pour se consoler, on pouvait se rabattre par une visite des alléchantes vitrines commerciales des quelques 250 exposants répartis dans 144 stands et pavillons.
Seul engagement concret, le Fonds de solidarité numérique, lancé il y a 8 mois pour lutter contre la fracture numérique, n’a réuni jusqu’à présent que huit millions d’euros là où il en faudrait plusieurs centaines.
Le SMSI n’aura finalement fait qu’annoncer que pour réduire la fracture numérique Nord-Sud, tout reste à faire.